Le procès d'un Français et d'un Allemand accusés d'avoir pénétré illégalement dans les eaux territoriales iraniennes s'ouvre jeudi à Bandar Abbas (sud), plus d'un mois après leur arrestation.
Les autorités iraniennes ont gardé un profil bas sur cette affaire, tout comme les allemandes et françaises.
"Selon des indications de source iranienne, notre compatriote devrait comparaître en justice le 5 janvier (jeudi), de même que le ressortissant allemand", a indiqué mercredi à Paris le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, lors d'un point de presse.

L'agence estudiantine iranienne Isna avait indiqué mercredi que "les ressortissants français et allemand seront jugés par un tribunal à Bandar Abbas (sud) pour avoir pénétré illégalement dans les eaux territoriales iraniennes".

Une source iranienne proche du procès a indiqué à l'AFP que la session du tribunal est prévue pour 16H00 locales (12H30 GMT).

L'Iran reproche aux deux hommes, dont l'identité n'a pas été révélée par leurs Etats respectifs, d'être "entrés illégalement dans les eaux territoriales iraniennes", selon le ministère iranien des Affaires étrangères.

Ce délit est punissable d'une amende allant jusqu'à trois millions de rials (environ 270 euros), ainsi que d'une peine de prison allant de un à trois ans, selon la source iranienne.

Le juge a toute latitude pour infliger seulement une amende ou une peine de prison, ou bien encore une combinaison des deux, toujours selon cette source.

Le ministère allemand des Affaires étrangères avait précisé que l'Allemand serait défendu par "un avocat iranien installé à Bandar Abbas qui connaît bien ce genre d'affaires, ayant eu à défendre d'autres étrangers".

Pour sa part, M. Mattéi a indiqué que, dans le cas du Français, "comme nous le faisons depuis le début, nous prenons nos dispositions pour lui apporter toute l'assistance nécessaire".

Les détenus ont eu droit à au moins deux visites de la part de membres de leurs ambassades depuis le début de leur détention.

La disparition des deux hommes avait été signalée fin novembre par l'épouse de l'Allemand, un touriste de 52 ans, qui avait fait appel à un skipper français pour aller à la pêche au gros au large des Emirats arabes unis.

Les deux hommes avaient loué le 29 novembre un bateau pour aller en haute mer. D'après le journal régional allemand "Die Rheinpfalz", ils s'étaient rendus au sud de l'île d'Abou Moussa, au large de Dubaï, dans l'ouest du détroit d'Ormuz.

Ce détroit, qui relie le Golfe à la mer d'Oman, sépare l'Iran du sultanat d'Oman et des Emirats arabes unis. Il comprend trois îles, Abou Moussa, la Grande Tomb et la Petite Tomb, que l'Iran et les Emirats se disputent depuis de nombreuses années.

"Le skipper français se serait fondé sur des cartes maritimes issues des Emirats et n'avait donc pas conscience d'enfreindre des eaux territoriales iraniennes ou d'être dans une zone contestée", avait-on expliqué de source proche du dossier à Paris.

Il existe de nombreux contentieux sur les frontières maritimes du Golfe. La France a toujours appelé à un règlement de ces différends par la négociation bilatérale ou via un recours devant la Cour internationale de justice.

Situées dans une position stratégique pour contrôler le trafic du détroit d'Ormuz, les trois îles appartenaient aux Emirats jusqu'en 1971.

Depuis 1971, l'île d'Abou Moussa (25 km2) est administrée conjointement par l'Iran et l'émirat de Charjah (un des sept émirats de la fédération), en vertu d'un accord signé sous la garantie de la Grande-Bretagne.

Dans son préambule, cet accord souligne que "ni l'Iran, ni Charjah (n'acceptent) de renoncer à leur revendication sur Abou Moussa".
